Dimanche 31 janvier 2010
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Parfois, on me demande pourquoi je n’ai rien dit à personne et surtout, comment j’ai fait pour garder le secret aussi longtemps. Parce que je me sentais aussi coupable que lui et j’avais honte;
Vous connaissez la honte? La vrai humiliation? Celle de participer même malgré soi à un truc tellement dégueulasse qu’on n’osera jamais en parler à qui que ce soit. Parce que ce n’est pas
l’autre qui est dégueulasse tout seul. Il vous rend dégueulasse. Voilà pourquoi on ne crie pas, on ne hurle pas, on ne prend pas un truc quelconque pour lui taper dessus.
C’est un salaud. Il a réussi à me rendre coupable de son crime en … (c’est difficile à expliquer). Il me disait qu’on allait faire ce que je voulais. Moi, je voulais juste dormir avec quelqu’un
car j’avais peur du noir. Quand à lui, il voulait en contre partie, me toucher, me pénétrer, que je lui fasse une fellation. Je ne pouvais pas refuser car sinon je ne dormais pas avec lui
et ça, j’en avais peur. Il l’avait très bien compris.
Et aussi, parce que c’est arrivé trop tôt, à un âge où on ne peut pas réagir, àl’âge ou les grands savent tout et qu’on veut faire comme eux, à une époque où je voulais devenir actrice et faire
comme dans les films. Mais je ne savais pas qu’il parlait de films X.
Quand les cours d’éducation sexuelle m’ont (enfin) permis de comprendre que c’est mal, et que j’ai commencé à dire « non », il m’a menacée. Des menaces qui aujourd’hui me paraissent infimes mais
qui, à l’époque, étaient graves pour moi.
J’étais arrivée à un point où je n’en avais plus rien à faire de tout, sauf de ce qu’il me faisait. C’est ça qui m’a sauvée.
A la fin, je refusais et toutes ces menaces ne m’atteignaient plus. Contrairement à ce que je croyais, il n’a pas insisté longtemps. Il a dû comprendre que c’était perdu d’avance. Mais pour
moi aussi c’était perdu, ma vie était fichue. Je me suis retrouvée à attendre. Attendre et espérer grandir à toute vitesse pour partir loin, très loin de cette maison « enfer » où personne ne me
comprend.
J’ai gardé ce secret plus de dix ans. Il me rongeait de l’intérieur. Jusqu’au jour où je ne tenais plus debout et j’ai craqué. J’ai tout raconté à une amie en lui demandant de ne rien dévoiler.
Elle m’a fortement conseillée de le dire à quelqu’un d’autre et de préférence à ma marraine. C’est ce que j’ai fait. Désormais, je peux en parler à quiconque veut l’entendre sauf à des
psychologues.
Je me sens mieux mais il y a toujours un peu de cet acide qui me ronge. C’est pourquoi j’aimerai qu’on apprenne ça aux enfants à l’école, au lycée, qu’on écrive sur un tableau noir de temps en
temps, une phrase simple du genre : « si quelqu’un de votre famille, père ou frère, veut toucher à votre corps, à votre sexe, dites-le ». On leur dit bien de faire attention en traversant la rie.
Ça devrait commencer par les petites classes. Si on l’avait fait pour moi, peut-être que j’aurai parlé plus tôt. Peut-être…
Et maintenant, peut-être qu’un jour, si vous voyez une petite fille se planter au milieu de la rue, devant un camion, vous vous arrêterez pour lui demander pourquoi. Pas seulement pour la traiter
de dingue, ou l’engueuler, ou lui dire de faire attention la prochaine fois.
Tant de fois, j’ai espéré que quelqu’un m’aide, me comprenne sans que je doive tout raconter. Personne ne l’a jamais fait. Ah oui! J’oubliais. On ne peut pas deviner c’est ça? A quoi vous servez
alors, les adultes? Vous n’entendez pas les cris dans le silence? Vous ne devinez pas le vrai derrière les mensonges?
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